Récit d’une journée sur la route de l’esclave à La Réunion (Saint-Denis et Saint-Paul)/ A whole day on the slave route in La Réunion (Saint-Denis and Saint-Paul)

 

Etape 1: Visite des archives départementales de la Réunion et de l’exposition « Les noms de la liberté ».

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Archives départementales de la Réunion. Architectes: Pierre Noailly / Alain Bocquée. Date de construction 1999-2000. Hauteur 17 m.  Les lignes stylisées évoquant un navire négrier, les protections solaires, les formes et les matériaux contemporains ne manquent pas de rappeler les principales missions de cette institution publique: collecter, conserver, communiquer les archives produites dans l’île.

Archives départementales de la Réunion. Architectes: Pierre Noailly / Alain Bocquée. Date de construction 1999-2000. Hauteur 17 m.  Les lignes stylisées évoquant un navire négrier, les protections solaires, les formes et les matériaux contemporains ne manquent pas de rappeler les principales missions de cette institution publique: collecter, conserver, communiquer les archives produites dans l’île.

L’exposition « Les noms de la liberté.1664-1848: de l’esclave au citoyen », organisée par le Conseil général, a été lancée en décembre 2013 à l’occasion des commémorations des 350 ans du premier peuplement de l’île  et des 30 ans du « 20 désanm », férié depuis 1983.

Cette exposition présente des registres originaux qui ont donné un nom et une identité aux esclaves et aux affranchis.

Elle donne notamment à voir  les registres spéciaux de 1848 dont la restauration vient de s’achever. Ces registres ont donné aux esclaves libérés par le décret du 27 avril un prénom et un nom patronymique complet pour pouvoir les inscrire sans erreur, en tant que citoyens français, sur les listes électorales, les recensements de population et les registres de l’état civil. 21 000 nouveaux noms sont alors créés et sont aujourd’hui encore  ceux de nombreux réunionnais. Ces registres constituent un formidable outil de connaissance des anciens esclaves et de leurs nouveaux noms.

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Hall des archives. Au sol, une vue aérienne de St-Denis à l’époque du chemin de fer. Sur le mur, l’affiche de l’exposition réalisée par Emmanuel Kamboo (Photographie: Attribuée à Constant Azéma, avant 1887. Musée du Quai Branly, fonds Adrien Blondel). Les élèves ont pu travailler en classe sur le « design » de l’affiche. Il s’agit d’une superposition de deux images: une page de registre de 1848 et un portrait tiré d’une photographie sur plaque de verre (v.1870-1879) attribuée à Constant Azéma (photographe réunionnais). L’inscription « Hortense Négresse avant 1848 » indique qu’il s’agit d’une ancienne esclave affranchie (ce type de document est très rare, la photographie en étant encore à ses balbutiements au moment de l’abolition) .
L’affiche met en regard l’humain et son identité, autrefois niée.

La salle d’exposition est divisée en 3 sections: Avant 1848 – 1848 – Après 1848

AVANT 1848

Si au début du peuplement certains esclaves portent encore les noms de leur pays d’origine, ces derniers laissent progressivement la place à un prénom unique, souvent d’origine européenne, attribué par le maître ou l’administration coloniale. L’esclave, considéré comme un bien meuble, est donc juridiquement incapable de transmettre son nom et de s’inscrire dans une lignée familiale reconnue (ce qui n’empêche pas l’existence de familles « maron »).

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Avant 1848 , des affranchissements ont lieu pour des raisons multiples (« bons et loyaux services », pour cause de mariage et filiation, achat par l’esclave de sa liberté…) et à condition que le maître garantisse les moyens de subsistance du futur affranchi.

Étapes de l'affranchissement avant 1848

Avant 1832, l’affranchi prend pour nom de famille son ancien prénom d’esclave. Ce nom est alors transmis aux générations suivantes.
A partir de 1832, le système français (prénom + nom) devient obligatoire pour tout affranchi.

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Registre d’affranchissement avant 1848

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A.Potémont – A.Roussin.1848 .Lithographie. La Lanterne Magique n°9. Un regard critique sur la société coloniale à l’époque de l’abolition. Les libérés doivent avoir conclu un contrat de travail (d’engagement) avant le 20 décembre. Un livret d’engagement est instauré afin de surveiller les nouveaux libres et d’empêcher le « vagabondage », principale crainte des autorités.

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Extrtait de la page du registre spécial concernant Edmond Albius, l'inventeur de la fécondation artificielle de la vanille.

Extrtait de la page du registre spécial concernant Edmond Albius, l’inventeur de la fécondation artificielle de la vanille.

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APRÈS 1848

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Lithographie.A.Roussin. Affranchi décoré de la médaille d’honneur de l’agriculture. 1855.

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Nous avons également eu accès à quelques précieux documents originaux:

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Lettre du 8 mai 1848 signée par Victor Schoelcher, sur la création des registres spéciaux.

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Le citoyen, encre et aquarelle de Mortier de Trévise, Hippolyte Charles Napoléon (1835-1892) . 19x13,6 ADR. 1865.

Le citoyen, encre et aquarelle de Mortier de Trévise, Hippolyte Charles Napoléon (1835-1892) . 19×13,6 ADR. 1865. Le nouveau libre, représenté avec les attributs de sa liberté: le chapeau et les chaussures.

La matinée s’est poursuivie par une visite passionnante de l’atelier de restauration:

 

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Le travail du doreur

Le travail du doreur

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Les autres pièces du bâtiment (réservées à la réception, au stockage, au tri…), n’ont plus de secrets pour nous:

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Salle du « vrac »

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Salle de reconditionnement

Salle de tri

Salle de tri

Etape 2: (re)découvrir des sites patrimoniaux et mémoriels à Saint-Paul:

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L’après-midi a été consacré à la visite de plusieurs sites historiques et mémoriels à St-Paul, berceau du peuplement. Élèves et professeurs devaient réaliser un carnet de croquis en respectant un certains nombre de contraintes  (traits continus, formes géométriques, main gauche, ombres et lumières…), tout en réalisant un exercice de repérage cartographique et un relevé d’informations historiques!

 

La grande maison de Savanna

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De retour à St-Paul, après la pause déjeuner, Laure nous emmène sur un itinéraire de mémoire et d’histoire… Premier arrêt devant la « grande maison de Savanna », à côté de l’usine sucrière. Ce bâtiment austère, remanié à différentes époques, servait à l’origine de lazaret pour les esclaves (lieu de mise en quarantaine après le débarquement).

 La baie de Saint-Paul

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Nouveau débarcadère, inauguré en 2009.

Ile déserte, surgie des profondeurs de l’océan Indien, située sur la route des Indes et ses épices, l’île de La Réunion, ancienne île Bourbon, était un véritable Eden, une aiguade privilégiée du temps de la marine à voile.

Prédisposée à protéger le débarquement des navires, « la baie du meilleur ancrage » est le nom donné par les marins au XVIIIème siècle à la baie de Saint-Paul, protégée des vents dominants (les alizés) qui gênent l’accostage pendant la saison fraîche (de mai à septembre).

C’est sur cette plage de sable noir qu’ont débarqué des milliers d’esclaves au XVIIIème et XIXème siècles – environ 300 000 pour toute la colonie de 1689 à 1848 – provenant essentiellement de Madagascar et d’Afrique.

(extrait du livret: Itinéraire de la mémoire, La route de l’esclave à Saint-Paul de La Réunion)

 

 

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« Pont du gouvernement ». Dès le début du XIXe siècle, le développement de l’industrie sucrière a eu pour conséquence d’engendrer une nette intensification des activités maritimes en baie de Saint-Paul. Certaines entreprises de transport maritime obtiennent alors des concessions les autorisant à aménager des débarcadères privés. Les marines de Saint-Paul seront parmi les premières installées sur l’île. Les bateaux restaient au large et les passagers quittaient les navires au moyen de pirogues. Ils accédaient à la côte, assis sur les épaules des esclaves qui se jetaient à l’eau pour venir les porter. Pour les marchandises, la navette était assurée par des chaloupes que l’on chargeait sur la plage à tête d’homme. Lorsque la mer était agitée, on avait recours aux ponts débarcadères. Le tablier était alors en planches de bois comme aujourd’hui tandis que le fer a désormais été remplacé par le béton. En 1849, le débarcadère principal sera « déprivatisé » et livré à l’usage public par un arrêté du gouverneur Sarda-Garriga, qui apportait, un an auparavant, la nouvelle, tant attendue par les esclaves, de leur émancipation. (extrait du livret: Itinéraire de la mémoire, La route de l’esclave à Saint-Paul de La Réunion)

 

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Débarcadère par Kendra…

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…par Cédric.

Stèles commémoratives

Le 20 décembre, jour de la fête de la liberté des esclaves, en 1998, à l’occasion du 150ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage, des stèles mémoires ont été implantées sur la place du débarcadère du front de mer de Saint-Paul. La sculpture métallique principale, œuvre de l’artiste Alain Louis Padeau, représente un collier d’esclave ouvert. Elle rappelle que des milliers d’hommes et de femmes ont foulés ce sable volcanique, enchaînés les uns aux autres par le cou…

Dans le cadre du projet « Itinéraire de la mémoire, la route de l’esclavage », initié en 2008 par l’UNESCO, d’autres stèles ont été installées sous les filaos, entre la place et les canons.

Évoquant les liens ancestraux de ce rivage avec ceux de l’Afrique et de Madagascar, les œuvres ont été réalisées par une artiste malgache (C. Rabemananjara) et une artiste réunionnaise (Dolaine Courtis Fuma).

(extrait du livret: Itinéraire de la mémoire, La route de l’esclave à Saint-Paul de La Réunion)

Collier d'esclave ouvert, par Alain Louis Padeau.

Collier d’esclave ouvert, par Alain Louis Padeau.

 

Le collier ouvert par Alan

Le collier ouvert par Alan

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Stèle et débarcadère par Kendra

Stèle par Lise-Mary

Stèle par Lise-Mary

 L’hôtel de ville

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Construit par la main d’œuvre servile de 1730 à 1740, pour le compte de la Compagnie des Indes Orientales, l’imposante bâtisse de pierres de taille, à l’architecture massive, simple et symétrique, servira d’abord d’entrepôt pour le stockage de la première richesse de la colonie : le café.

L’édifice est construit en mortier à chaux et à sable, avec des chaînages d’angle en pierre de taille volcanique ; il s’élève sur deux niveaux, dont la séparation est soulignée sur la façade par une corniche répétée au-dessus du toit. La distribution régulière des ouvertures, l’absence de décoration, mises à part les fenêtres cintrées, produisent une impression d’austérité qui ne manque pas de grandeur.

Muris sur les hauteurs des côtes saint-pauloises, les précieux grains dévalaient les chemins pavés, en ballots sur les dos des esclaves, avant de finir leur séchage sur le toit plat, enduit à l’argamasse1, du magasin de la Compagnie.

Le macaron de la devise de la Compagnie des Indes, « Florebo quoqumque ferar », je fleurirai partout où l’on me plantera, trône toujours sur la façade principale… mais n’oublions jamais Qui a planté…

Suite à la faillite de la Compagnie des Indes en 1763, l’administration royale rachète le bâtiment en 1766. Elle en fait sa caserne militaire après que l’ancienne, située sur la place du tribunal, est détruite par l’attaque des Anglais de 1809.

Ce n’est qu’à partir de 1888 que l’armée se retire pour laisser place à la mairie et que l’ancienne place du bazar est plantée d’arbres pour devenir le jardin officiel de la ville.

Deux stèles, (sculptées par Dolaine Courtis Fuma) disposées de part et d’autres de la grande porte d’entrée, rendent respectivement hommage aux marrons et aux marronnes inconnues, ces hommes et femmes qui arrachèrent leur liberté au mépris de leurs maîtres, mais au prix de leur courage…

1 Recette indienne d’enduit étanche (à base de chaux) permettant le traitement de la toiture terrasse.

Recette importée d’Inde, combinant de la chaux, du sable, de la brique pilée, du lait caillé, du blanc d’œuf, du beurre et de l’huile. Appliqué sous forme d’enduit très lisse, durcissant comme du béton, il permet les toits plats étanches, afin notamment d’y battre les baies de caféier.

(extrait du livret: Itinéraire de la mémoire, La route de l’esclave à Saint-Paul de La Réunion)

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Hôtel de ville par Cédric, Fabrizio et Eva

Hôtel de ville par Cédric, Fabrizio et Eva

 

Stèle par Kendra (ombres et lumières)

Stèle par Kendra (ombres et lumières)

 L’ancienne place du tribunal

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Véritable place de la mort, l’ancienne place de la justice abrite en son centre le monument au mort, qui rend hommage aux 127 Saint-paulois morts pour la France lors de la Première Guerre mondiale. Elle commémore également la Seconde Guerre mondiale par son nom actuel : le square de l’appel du 18 juin 1940.

C’est aussi sur cette ancienne place du tribunal, aux premières heures de la colonie, que se dressait la potence, entre l’église, la caserne, et certainement l’arbre où les chasseurs de marrons suspendaient les mains de leurs victimes comme preuve de leur exécution.

Les citoyens de l’époque ont pu y voir se dérouler l’exécution du fameux pirate Olivier Levasseur, dit La Buse, en 1730.

En 1812, ce fut le tour des quatre esclaves révoltés, décapités pour l’exemple, aux quatre coins de la place comme d’autres aux quatre coins de l’île…

 

La révolte d’Eli Alors que l’île Bourbon est occupée par les Anglais, se déroule à Saint-Leu, du 5 au 8 novembre 1811, une insurrection d’esclaves, qui sera durement réprimée par les autorités coloniales de l’Île. La révolte de Saint-Leu demeure le seul grand soulèvement d’esclaves dans l’histoire de la Réunion. 300 à 400 personnes se rassemblent pour l’occasion sur le site de la Ravine du Trou à Saint-Leu. Ces derniers sont trahis par un des leurs - l’esclave Figaro - permettant aux colons de s’organiser et de lancer une contre offensive.Le procès, qui se déroule en février 1812, condamne à mort 25 des meneurs de la révolte. 3 d’entre eux meurent en prison avant leur exécution. Les 15 autres sont décapités à la hache, et les 7 derniers sont finalement condamnés à perpétuité. Symboliquement les exécutions se font sur toute l’île. Le vendredi 10 avril 1812, 2 des condamnés ont la « tête tranchée » sur un échafaud construit « au-delà du Butor » à Saint-Denis. Les 13 autres sont conduits en chaloupe dans diverses communes, le 13 avril 1812, pour subir le même sort. Le 15 avril à 15 heures, sont simultanément décapités 4 esclaves à Saint-Paul, 5 à Saint-Leu et 2 à Saint-Pierre. Les 2 derniers sont transportés à Saint-Benoît, à 6 heures du matin le 23 avril, pour y être exécutés dans la journée. C’est donc sur cette place du tribunal que sont décapités le 15 avril 1812, à 15 heures, les 4 condamnés, meneurs de cette révolte: Elie, Gilles, Zéphir et Paul. En 2012, le 15 avril à 15 heures, soit 200 ans après ce massacre, une cérémonie commémorative inaugure une stèle (réalisée par l’artiste sculpteur Nelson Boyer) en l’honneur de ces révoltés oubliés du grand public, afin qu’un hommage à cette histoire soit rendue en ce triste lieu, et que la mémoire de ces hommes insoumis traverse les âges, gravée dans la pierre.

La révolte d’Eli
Alors que l’île Bourbon est occupée par les Anglais, se déroule à Saint-Leu, du 5 au 8 novembre 1811, une insurrection d’esclaves, qui sera durement réprimée par les autorités coloniales de l’Île.
La révolte de Saint-Leu demeure le seul grand soulèvement d’esclaves dans l’histoire de la Réunion.
300 à 400 personnes se rassemblent pour l’occasion sur le site de la Ravine du Trou à Saint-Leu. Ces derniers sont trahis par un des leurs – l’esclave Figaro – permettant aux colons de s’organiser et de lancer une contre offensive.Le procès, qui se déroule en février 1812, condamne à mort 25 des meneurs de la révolte. 3 d’entre eux meurent en prison avant leur exécution. Les 15 autres sont décapités à la hache, et les 7 derniers sont finalement condamnés à perpétuité.
Symboliquement les exécutions se font sur toute l’île.
Le vendredi 10 avril 1812, 2 des condamnés ont la « tête tranchée » sur un échafaud construit « au-delà du Butor » à Saint-Denis. Les 13 autres sont conduits en chaloupe dans diverses communes, le 13 avril 1812, pour subir le même sort. Le 15 avril à 15 heures, sont simultanément décapités 4 esclaves à Saint-Paul, 5 à Saint-Leu et 2 à Saint-Pierre.
Les 2 derniers sont transportés à Saint-Benoît, à 6 heures du matin le 23 avril, pour y être exécutés dans la journée.
C’est donc sur cette place du tribunal que sont décapités le 15 avril 1812, à 15 heures, les 4 condamnés, meneurs de cette révolte: Elie, Gilles, Zéphir et Paul.
En 2012, le 15 avril à 15 heures, soit 200 ans après ce massacre, une cérémonie commémorative inaugure une stèle (réalisée par l’artiste sculpteur Nelson Boyer) en l’honneur de ces révoltés oubliés du grand public, afin qu’un hommage à cette histoire soit rendue en ce triste lieu, et que la mémoire de ces hommes insoumis traverse les âges, gravée dans la pierre. (extrait du livret: Itinéraire de la mémoire, La route de l’esclave à Saint-Paul de La Réunion)

Statue par Eva, Kendra, Alan

Sculpture par Eva, Kendra, Alan

 

 Le cimetière marin

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On y trouve les caveaux identifiés de très vieilles familles bourbonnaises, propriétaires de nombreux esclaves. Deux axes structurent l’intérieur de l’enclos : l’allée centrale dans l’axe de l’ancien portail principal d’entrée, et la première allée des notables, accolée au mur d’enceinte Est. En dehors de ces allées, il n’y a aucune section délimitée, aucune travée, aucun alignement. Les tombes sont disposées dans l’anarchie la plus totale avec des monuments imposants bordant des tumulus à même le sol ainsi que de petits édifices de pierres ou de briques devenus complètement anonymes. Cette anarchie s’explique par la succession de catastrophes naturelles, coups de houle, cyclones, raz de marées, qui ont dévasté le lieu au fil du temps, cassant les murs, déplaçant, emportant ou au contraire recouvrant de sable les sépultures.

Parmi les tombes identifiées reposent ici les familles Panon Desbassayns, Delanux, Desjardins, KerAnval, ainsi que des personnes décédées lors de leur passage sur l’île Bourbon, comme Erasme Feuillet ou les marins du bateau naufragé le Ker Anna. On compte également parmi cette « société ventre en l’air »1, les poètes Charles Marie Leconte de Lisle, Eugène Dayot, Evariste de Parny ou la famille d’artistes Grimaud…

Le cimetière accueille toutes les couches de la société réunionnaise : anciens colons de Bourbon, forbans, grands propriétaires terriens, engagés indiens, commerçants chinois, marins au long court, hommes politiques, célèbres poètes, ou humbles inconnus…

On y trouve plus de 300 tombes anciennes devenues complètement anonymes avec le temps…

Tombes d'Eugène Dayot(1810-1852) et Leconte de Lisle (1818-1894), deux célèbres poètes réunionnais ayant pris position contre l'esclavage.

Tombes d’Eugène Dayot(1810-1852) et Leconte de Lisle (1818-1894), deux célèbres poètes réunionnais ayant pris position contre l’esclavage.

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Tombe fictive du pirate « La Buse ». La dalle provient d’une autre sépulture et contient une inscription gravée en hommage à une esclave affranchie: « À la mémoire de Delphine HELOD, née à Ste Marie le 7 août 1809, décédée à St Paul le 13 mai 1836. Sa bonne conduite, ses bons sentiments, son affection pour ses maîtres lui valurent la liberté et ce faible témoignage de leurs regrets. » En fait, la dalle avait été gravée en hommage à Delphine, esclave de la famille Mallac, affranchie par l’arrêté n° 360 du gouverneur de l’île Jacques Philippe Cuvillier en date du 29 août 1835. Cela explique son patronyme « HELOD », les affranchis sans nom de famille du milieu de l’année 1835 ont tous reçus des noms commençant par la lettre H.

 Le cimetière des esclaves

Hors enclos, côté mer, une partie du cimetière était effectivement réservée aux esclaves.

Les squelettes découverts par le cyclone Gamède, en 2007, sur la partie nord du cimetière sont ceux d’esclaves africains ou malgaches. Des recherches archéologiques réalisées en 2011, ont permis de dater le site de la première moitié du XIXème siècle.

Ces esclaves simplement ensevelis dans les sables sont estimés à plus de 2000 sur environ 2500 m2 , tandis que le l’intérieur de l’enclos du cimetière marin dénombre 1650 sépultures…

 

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Le cimetière des esclaves par Kendra…

 

Sources: Archives départementales de la Réunion (exposition « les noms de la liberté », documentation pédagogique…); Gilles Gérard, Famiy maron ou la famille esclave à Bourbon,L’Harmattan, 2012. Bernard Marek, Histoire de Saint-Paul de la Réunion depuis 1663, Océan Edition, 2010. Textes du livret: itinéraire de la mémoire, « la route de le l’esclave à St-Paul » (commune de St-Paul).
Remerciements au personnel des archives et à Laure Idelson (service patrimoine de la commune de St-Paul)
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