Anchaine , un poème réunionnais / « Anchaine  » a poem of Auguste Lacaussade, an author from Reunion.

lacaussade

 

Auguste Lacaussade est un poète français né le 8 février 1815 à Saint Denis de l’île Bourbon et mort le 31 juillet 1897 à Paris .

Issu d’une union libre d’un père avocat ,d’origine bordelaise , et d’une ancienne esclave affranchie , il ne peut intégrer le Collège Royal des colonies . Il part faire ses études à Nantes . De retour en 1834 à la Réunion pour 2 ans , il prend alors conscience de la dure réalité de la vie coloniale et de l’esclavage . En 1848 il rejoint le camp des abolitionnistes ( pour l’abolition de l’esclavage). En 2006, ses restes sont transférés du cimetière de Montparnasse à celui de Hell-Bourg, dans le cirque de Salazie.

Dans le poème Anchaine  composé en 1839 ( soit 9 ans avant l’abolition de l’esclavage à la Réunion) , il fait le récit du marron Anchaine et  valorise son courage , sa lutte pour la liberté . Grâce à l’ampleur de l’alexandrin , aux images poétiques ( métaphores , comparaison ) de l‘oiseau , l‘aigle en particulier ,  il confère à Anchaine  une dimension royale et de liberté conquise .  Il rend ainsi hommage à ce marron qui a fui les plantations et les mauvais traitements , et participe à l’édification de sa légende ( cf légende du Piton d’Anchaing ) ; c’est aussi un véritable manifeste pour l’abolition  de l’esclavage .

Auguste Lacaussade was an abolitionist author . 

 

Poème lu par Anne Jiany :https://www.youtube.com/watch?v=apSIADSP7Gs&feature=youtu.be 

Poème : Anchaine

Mais quel est ce piton dont le front sourcilleux
Se dresse, monte et va se perdre dans les cieux ?
Ce mont pyramidal, c’est le piton d’Anchaine.
De l’esclave indompté brisant la lourde chaîne,
C’est à ce mont inculte, inaccessible, affreux,
Que dans son désespoir un Nègre malheureux
Est venu demander sa liberté ravie.
Il féconda ces rocs et leur donna la vie ;
Car, pliant son courage à d’utiles labeurs,
Il arrosait le sol de ses libres sueurs.
Il vivait de poissons, de chasse et de racines ;
Parfois, dans la forêt ou le creux des ravines,
Aux abeilles des bois il ravissait leur miel,
Ou prenait dans ses lacs le libre oiseau du ciel.
Séparé dans ces lieux de toute créature,
Se nourrissant des dons offerts pas la nature,
Africain exposé sur ces mornes déserts
Aux mortelles rigueurs des plus rudes hivers,
Il préférait sa vie incertaine et sauvage
À des jours plus heureux coulés dans l’esclavage ;
Et, debout sur ces monts qu’il prenait à témoins,
Souvent il s’écriait : je suis libre du moins !
Cependant, comme l’aigle habitant des montagnes,
Qui du trône des airs descend vers les campagnes,
Sur la terre et les champs plane avec majesté,
Et, s’approchant du sol par sa proie habité,
La ravissant au ciel dans sa puissante serre,
Reprend son vol royal et remonte à son aire ;
Le noble fugitif, abandonnant les bois,
De son mont escarpé descendait quelquefois ;
Il parcourait les champs, butinait dans la plaine,
Et revolant ensuite à son affreux domaine
Par l’âpre aspérité d’un sentier rude et nu,
Invisible aux regards et de lui seul connu,
Il regagnait bientôt sa hutte solitaire.

« Le piton d’Anchaine », extrait du recueil Les Salaziennes, 1839.

 

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